jeudi 14 novembre 2013

Songe d'une nuit de novembre

J'viens d'faire un songe
Le rêve d'une vie


J'te vois toute vieille
Me dire comment
T'aimerais rev'nir
Revivre l'intant
Qu'on est tombé
Tou'é deux
Amoureux

Sti que j'dors
La vie à passe
Pis toé ta suit
Faut bin qu'un m'ent d'né
J'me réveille
Faire vivre ma mémoire
De pauv' vieux penseur
Endormi!

J'reviens te voir
On est jeunes à nouveau
T'es là, avec ton chum
Il part travailler
J'te prends dans mes bras
Pis on pleure

Ya rien à faire
J'connais l'début
Pis juste la fin
J'me souviens
D'avoir passé ma vie
Avec toé
Pis qu'ton chum
C'est mon ami

Qu'est-ce que j'donnerais
Pour vivre chaque moment
L'instant d'notre rencontre

J'me rend chez un ami
Sti qu'on déconne
T'arrives de même
Tu rentres d'la job
Nous tombes dessus
On s'met à parler
Drette din yeux
Pis pu arrêter
Et l'soleil s'lève

T'es tellememt belle
Toute vive toute fraîche
Une vraie amie
La blonde d'mon chum

Tu m'fais fondre ma glace
Ton regard m'embrase
Tu m'libères d'mes barrières
Tu vois c'que j'vois

J't'aime

mercredi 13 novembre 2013

Conscience

Il semblerait que plus on s' approche et dévoile notre âme profonde, les coïncidences significatives se multiplient.

Dernièrement, j'ai l'impression que ça s'est multiplié, un peu avant et depuis que je t'ai rencontrée. C'est comme s' il y avait eu un tour du destin, ou que le destin me jouait un tour.

J'observe plus, je ressens plus. Je vois et j'entends des couches d'événements, de situations. Je plonge dans le Yi Jing et j'y vois la vie, la sens. Tout change mais la voie demeure.

Libérer et faire vivre mon coeur. Pis toi, car tu fais partie de mon coeur. Toi, mon coeur...

Journée de l'alimentation.

Réflexion du jour : comment on s'alimente et qu'est-ce qu'on alimente en soi.

« Quand on veille à la culture et à l'alimentation, il est important de s'occuper des personnes qui le méritent et de veiller à s'alimenter soi-même de la façon convenable. Si l'on veut connaître la nature de quelqu'un, il suffit d'observer à qui il prodigue ses soins et quelle partie de sa propre nature il cultive et il alimente. »

L'alimentation doit être mesurée par le principe naturel de la tranquillité. Soyons attentifs à nos paroles et mesurés dans le manger et le boire.

Il nous fait saisir et éviter les dérives :

A - la perte de liberté et d'autonomie :
« L'attitude normale est de pourvoir soi-même à sa nourriture ou de se faire nourrir de la façon convenable par ceux dont c'est le devoir et le droit d'y veiller. Quand, par faiblesse intérieure, on n'est pas en état de subvenir à sa propre alimentation, il se crée facilement une inquiétude, étant donné qu'en recherchant la manière d'assurer notre subsistance nous laissons nos supérieurs nous accorder comme une faveur l'entretien de notre vie. Cela est indigne car, ce faisant, nous nous écartons de notre vraie nature. Une telle attitude amène à la longue à l'infortune. »

Liberté et autonomie sont le coeur d'une vie juste.

B - la perte de sens :
« Celui qui recherche des aliments qui ne nourrissent pas tombe, pris de vertige, du désir dans le plaisir et, dans le plaisir, soupire après le désir. Une poursuite aveugle des satisfactions des sens ne conduit jamais au but. On ne doit jamais agir ainsi. Il n'en sort rien de bon. »

La vie juste et la paix se trouvent dans la culture de soi qui réclame des aliments qui nourrissent, que ce soit le corps ou l'esprit. C'est la base de l'alimentation de soi. Le reste, même si plaisant, est superflu.

Donc, je déclare cette journée « le jour de l'alimentation »!

Bonne journée!

jeudi 7 novembre 2013

Parménide le phénoménologue - Plongeons conceptuels

Parménide le logicien? - Non. Parménide le phénoménologue.
Phénoménologie de la méditation, du détachement, de l'illumination.
Poème-description d'une expérience spirituelle, non une réflexion logique-critique.

Son char est tiré de deux chevaux ; l'un est fougueux, l'autre est docile.
Son corps est tiré par deux chevaux : son coeur et sa pensée.

Pourtant, il délaisse son attelage aux portes des Cieux afin d'y continuer son voyage.
Pour que l'esprit puisse atteindre à la vérité, il doit se délaisser du corps (douleur), des passions (peur) et de la pensée (rationalisation).

Et c'est Dikè qui lui ouvre les portes!

Il nous revient avec le message : « l'être est, le non-être n'est pas ».
L'être est un, circulaire, infini... Description de la conscience-illuminée.
Description de l'esprit au repos, réceptif et actif à la fois. Les opposés sont unis. Taiji.

Et le non-être?
Une absurdité de l'expérience partielle de la réalité que nous livrent notre corps, nos sentiments et notre pensée. Erreur de l'esprit attaché aux illusions d'une condition acquise d'expériences incomprises.

Parménide vit l'illumination et ne nomme pas Dieu ; il constate l'Être.

« Un centre ne peut rencontrer un autre centre. »

Parménide, grand maître d'une école philosophique ascétique.

mercredi 25 septembre 2013

Ken - la montagne, l'immobilisation

Prenant un moment de repos, j'ai ouvert le Yi Jing (Livre des Transformations). Le destin m'a mené à contempler l'hexagramme Ken (la montagne, l'immobilisation), qui s'est mis à me révéler une sagesse intemporelle.

L'hexagramme traite de la paix du coeur et des difficultés de l'atteindre.

Selon la tradition du Yi Jing, la paix du coeur ne se trouve pas à travers la cessation de tout mouvement (état de nirvana bouddhiste), mais un état complété par le mouvement de la vie. Le vrai repos est celui où on s'arrête quand il faut s'arrêter et se meut lorsqu'il faut se mouvoir. Le mouvement et le repos sont en harmonie avec les exigences de la situation. C'est ainsi que naît la lumière et la vie.

Telle est la philosophie transmise par le Yi Jing.

Comment atteindre maintenant cet état d'harmonie?

L'hexagramme représente la fin et le commencement de tout mouvement. Ici, tout part du dos. Le dos est la source des mouvements de tout le corps. Lorsqu'on cesse le mouvement du dos et que celui-ci entre au repos, le moi disparaît avec toutes ses inquiétudes. Une fois atteint un tel état de paix intérieure, on peut alors se tourner vers le monde extérieur. On n'y perçoit alors plus le tumulte ni le combat propre aux individus; il possède alors le calme nécessaire pour comprendre les lois des phénomènes de l'univers afin d'y conformer sa conduite. Telle est la paix du sage selon le Yi Jing.

« Le sage ne laisse pas ses pensées aller plus loin que sa situation. »

C'est le grand conseil de ce livre. Le coeur pense constamment et rien ne peut y changer. Cependant, les mouvements du coeur, les pensées, doivent se limiter à la situation vitale présente. Toutes les pensées et spéculations qui vont plus loin ne font que blesser le coeur.

Ici se trouve la sagesse de la paix du coeur. Or, atteindre l'immobilisation du dos est un travail, une route en elle-même longue et dangereuse. Si les orteils peuvent s'enraciner, les mollets doivent suivre le corps pour éviter la chute, les hanches doivent demeurer libres et naturellement détendues en tout temps (on n'insiste jamais assez sur cela!), le tronc peut prendre le repos, en vue de celui du dos mais les mâchoires doivent chercher le repos afin de donner un ordre aux paroles...

L'effort vers le calme se trouve finalement achevé dans un état de paix envers les détails de notre vie et dans tous les domaines de celle-ci. Ce renoncement général procure le bonheur et la réussite dans tous les actes.

Je vais continuer à méditer sur l'enseignement de ce classique de la culture chinoise afin d'en intégrer la pratique dans ma vie. Sa révélation arrive à un moment significatif de ma vie et je ne peux l'ignorer. En même temps, je sens que j'étais déjà sur cette voie et ses conseils m'encouragent à continuer et me donnent quelques conseils (surtout sur la parole!) sur comment travailler. J'espère que ceux qui liront ce message seront inspirés et guidés à travers leurs moments difficiles, saisis de la beauté et de la paix de cette voie.

Tai ji.

samedi 21 septembre 2013

Le Coeur

Ô Muse Éternelle,
C'est de toi et par toi que naît toute vertu. Tu sais combien la philosophie sans vie n'a aucune valeur. Il faut donc vivre d'abord et philosopher ensuite!
Or, le coeur est la vie; suivons-le pour dévoiler notre vie! La pensée peut guider, orienter, encourager, mais n'est rien sans ta flamme!
Le coeur est source, soumise aux volontés des dieux. Nous brûlons nos passions sur ton autel, toi maîtresse de notre bonheur. Le coeur a ses raisons que la raison ignore.
Telle est la limite de notre savoir!
Que les hommes chantent ton nom tant qu'ils vivent!

mercredi 29 mai 2013

Dans l'ombre de la colère.

Je suis fatigué de vivre dans l'ombre de la colère.
Pourtant, la colère est partout : en dehors comme en dedans.
J'ai tant cherché à la fuir, tant cherché à l'apaiser
Mais jamais elle n'a cherché à se taire et elle semble y avoir trouvé place
Terreau fertile pour s'épandre et brûler, tout brûler.


mercredi 22 mai 2013

The Path of Noble Silence


C'est la traduction dans un piètre anglais d'un texte que j'ai déjà publié, dans le but de le partager à mes amis anglophones ou dont elle est la langue de rencontre.
Vos conseils sont les bienvenus, ainsi que vos réflexions.
Merci!
Pax
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The path of calm, peace and serenity is only done in silence. If it appears threatening to us, it is because of our ignorance. We cultivate a sickly attachment to the expression of our inner voices, which is why we end up developing an aversion to the vacuum of voices. But letting us be led by these movements plunges us into misery and slavery. Unfortunately, few thinkers have talked about slavery of thoughts; it's why not all thinkers are wise men.

The sage pursuits the path of calm, peace and serenity, which is why he must cultivate the silence. The isolation have the benefit to cut oneself from other's thoughts, which are more cause of concern than comfort. Far from the thoughts of others, we are overwhelmed by those that haunt us. At the beginning, we are harassed by our imagination about future and memories from the past, nothing that encourages us to take care of the present. However, all this passes and ends up in serenity, thankfully.

The calm after the storm reveals a most valuable friend. It's a simple voice, detached, rational, critical and encouraging. It helps us for some time, but the path to happiness can only be done alone at the end. The friend is there when needed, but we must know how to live even without this friend. Detached, we finally discover the true silence, and in this silence, "self." We become a simple membrane in contact with the presence, full of presences. We finally discover the "world" rather than it's representations. We leave ultimately the path of ignorance and join that of truth.

When cultivating this path, one wonders why to write.

Pax.

S.T.

lundi 20 mai 2013

Du silence à l'être

Voici une trace laissée par un sage de l'Antiquité. Elle est un chant brisant le silence et l'obscurité de l'espace et du temps. Pourtant, ce que Parménide nous laisse, c'est une énigme et un guide pour l'âme méditative qui doit poursuivre sa voie en silence.

http://philoctetes.free.fr/parmenide.pdf

vendredi 10 août 2012

Le noble silence.

La voie du calme, de la paix et de la sérénité ne se parcours qu'en silence. S'il nous apparaît menaçant, c'est par ignorance. Nous cultivons un attachement maladif à l'expression de nos voix internes, c'est pourquoi nous finissons par développer une aversion envers le vide des voix. Pourtant, se laisser porter par ces mouvements nous plonge dans la misère et l'esclavage. Malheureusement, peu de penseurs ont parlé de l'esclavage des pensées ; c'est qu'être penseur ne rend pas sage.

Le sage poursuit la voie du calme, de la paix et de la sérénité, c'est pourquoi il doit cultiver le silence. L'isolement a la bienfaisance de nous couper des pensées d'autrui qui penvent être plus source de préoccupation que de réconfort. Loin des pensées des autres, nous sommes submergés par celles qui nous hantent. Au début, nous sommes harcelés par notre imagination et notre mémoire, rien qui ne nous encourage à prendre soin du présent. Cependant, tout cela passe et finit par se calmer, fort heureusement.

Le calme après la tempête dévoile un ami des plus précieux. Il est une voix simple, détachée, rationnelle, critique et encourageante. Elle nous fait progresser un certain temps. Mais la voie du bonheur ne peut se faire que seule, à la fin. L'ami est là lorsqu'il est nécessaire, mais il faut savoir vivre même sans cet ami. Détaché, nous découvrons finalement le vrai silence, et dans ce silence, « soi ». Nous devenons une membrane au contact de la présence, plein de présences. Nous découvrons finalement le « monde » et non plus ses représentations. Nous quittons donc, finalement, la voie de l'ignorance et rejoignons celle de la vérité.

Lorsque nous cultivons cette voie, on se demande pourquoi écrire.

Pax.

dimanche 13 mai 2012

Souvenirs d'esclavage. Éducation à l'humanité.

Je pensais en avoir fini de spammer des messages faisant réfléchir sur nos politiques actuelles. Mais non. Lisant l'introduction de ma version « Du devoir de la désobéissance civile » de H. D. Thoreau par Sylvie Chaput, je suis tombé sur une citation d'un ancien esclave lors des troubles civiques causés par la question de l'esclavage chez nos voisins méridionaux.

Frederick Douglass décrit dans ses « Mémoires d'un esclave américain » de 1845 sa condition de deux décennies d'esclavage. Voici ses mots (traduits par Franchita Gonzales-Batlle, 1980) :

« Mon expérience de l'esclavage m'a permis d'observer que, chaque fois que ma condition s'améliorait, cela ne faisait qu'accroître mon désir d'être libre, au lieu d'accroître ma satisfaction, et m'entraînait à réfléchir aux moyens d'obtenir ma liberté. J'ai découvert que, pour rendre un esclave satisfait, il faut le rendre sans pensée. Il faut obscurcir sa vision morale et mentale et, autant que possible, anéantir la force de la raison. Il ne doit être capable de relever aucune contradiction dans l'esclavage; on doit faire en sorte qu'il trouve l'esclavage juste, et il ne peut y être amené que lorsqu'il cesse d'être un homme. »

Prenez le temps - il le faut - de relire ces propos.

Rien n'est pire que l'esclave qui justifie lui-même sa propre condition servile. Il se pose comme un non-humain... rationnellement. Le maître, malgré sa bassesse morale, ne fait que jouer et utiliser l'absence de moralité de l'esprit qui justifie l'injustifiable.

Ce qui demeure troublant dans tout ça, c'est de constater l'éternel retour du même : l'esclave était la principale force de travail, main d'oeuvre, des sociétés esclavagistes ; si la force de travail a changé de nom, le travail (et sa condition) se perpétue. Et je peux trop facilement lire à la place « d'esclavage », « salarié » ou « travailleur ». Et les opinions manifestées sur nos places publiques me confirment cette intuition.

« Pour rendre un [travailleur] satisfait, il faut le rendre sans pensée. Il faut obscurcir sa vision morale et mentale et, autant que possible, anéantir la force de la raison. Il ne doit être capable de relever aucune contradiction dans [le travail]; on doit faire en sorte qu'il trouve [le travail] juste, et il ne peut y être amené que lorsqu'il cesse d'être un homme. »

La société de travailleurs-consommateurs est la mort de l'humanité. Quoi penser de ceux qui s'évertuent à faire de l'éducation 1) la préparation au travail, ou 2) un service pour consommateurs-étudiants (PME individuelle)? Que penser maintenant de ceux qui justifient tout cela, parmi lesquels se trouvent des enseignants, beaucoup de travailleurs, des étudiants, trop de « citoyens »...?

jeudi 26 avril 2012

Pouvoir exécutif au sein de la société civile


Violence? Un banc de parc passe au feu... Si une vitrine est cassée, est-ce que ça justifie la violence et la répression des autorités? Dans une situation de tension, l'autorité n'est-elle pas due de maintenir un contrôle? Pourquoi générer la panique et le chaos?

On ne peut contrôler qu'en étant en contrôle de soi... malheureusement, je vois se multiplier des policiers incompétents : hors de contrôle, sur le bord de la panique, face à une foule qui ne fait que du bruit, ou un seul individu agressif... Triste de faire le constat de cette incompétence, moi-même qui enseigne l'auto-défense. Pourtant, s'il est une fonction où cette compétence est fondamentale, c'est bien celle de nos « gardiens » (policiers).  Malheureusement, la formation actuelle des « agents de la paix » en font des bombes à retardement, des agents de guerre, trop souvent pour qu'on puisse se le permettre. Une société qui valorise la paix et la discussion ne peut se permettre de tolérer de tels caractères parmi les représentants de l'autorité.

L'attitude qu'on permet de la part du pouvoir exécutif est éducative, chose qu'on a tendance à oublier. Elle donne l'exemple à tout citoyen sur la manière de gérer une crise ou un conflit. C'est pourquoi certaines attitudes ne doivent pas être permises ni tolérées, de la part de quiconque, peu importe son travail, sa fonction ou son rôle ; aucune tâche ne peut soustraire un individu (citoyen) de son devoir moral d'être civique, courtois et respectueux. En conséquence, nos « gardiens » ont un fardeau moral supérieur à chaque citoyen puisqu'ils sont justement l'exemple de l'usage de la violence légitime en société, donc de la limite à la violence. Ainsi, ils représentent la paix, non la guerre. Pourtant, face à une foule, ou une résistance quelconque, nous les voyons préparer la guerre... et souvent la provoquer, ce qui va contre tout sens raisonnable. Une limite est franchie, celle de la violence.

Nous constatons bien nos moeurs dégénérer : le sentiment de respect envers les autorités tend à disparaître. La principale cause de cela, c'est justement le fait que ces autorités ne soient plus respectables. Ils n'ont plus autorité par respect, mais par crainte, par pouvoir de sanction. Leur autorité est devenue artificielle, strictement légale. Pour maintenir leur autorité, jusqu'où iront nos représentants du pouvoir exécutif? Ont-ils appris que le respect vient des limites qu'on s'impose malgré les circonstances? les limites qu'on met à l'usage de notre violence malgré la violence même de ce qui nous fais face?

Et dire que beaucoup de citoyens pensent que leur formation collégiale, qui implique nécessairement quelques cours de philosophie, est en fait une perte de temps. Pourtant, c'est la formation philosophique qui ouvre à cette compétence fondamentale qui manque tant à la formation des policiers! C'est par la philosophie qu'ils peuvent prendre conscience de cela et peut-être échapper à la bêtise et la barbarie si facile dans leur métier (position de pouvoir).

Être un agent de la paix, c'est accepter de se faire fusiller avant de fusiller, pas fusiller par prévention. L'attaque préventive n'est pas légitime défense, et ne sera jamais légitime. Pourtant, nous avons fini par admettre et accepter que nos agents de la paix interviennent de manière préventive au nom de la sécurité, ce qui ouvre la voix à l'agression « légitime », dont la « légitimité » ne tient qu'à l'interprétation malléable de la situation. Ceci est inacceptable car ne peut que déboucher sur un état social violent. C'est permettre la violence en prévention de la violence ; la violence comme solution, l'injustice comme solution. On s'excuse facilement de notre immoralité.

Pourtant, chose que je ne tairai jamais, la moralité ne peut souffrir d'aucun compromis.

Aucun citoyen ne peut tolérer que le pouvoir exécutif soit un agresseur légitime. Jamais l'usage légitime de la violence de doit être en position de guerre (d'agression) contre la voix du peuple, son ensemble, une partie (aussi minoritaire soit-elle) ou même un seul individu.

Ayons tous une pensée pour ceux qui sont morts sous l'agression des « services » de police. Pensons aussi à tous ceux qui subissent la violence et lui répondent par la paix... Montrons-nous plus civilisés que nos « agents de la paix », soyons les agents de la paix.

mardi 27 mars 2012

Orgueil des profondeurs

« Dès qu'on se pose des questions dites philosophiques et qu'on emploie l'inévitable jargon, on prend un air supérieur, agressif, et cela dans un domaine où l'insoluble étant de rigueur, l'humilité devrait l'être aussi. Cette anomalie n'est qu'apparente. Plus les questions qu'on aborde sont de taille, plus on perd la tête : on finit même à se prêter à soi-même les dimensions qu'elles possèdent. Si l'orgueil des théologiens est plus ''puant'' encore que celui des philosophes, c'est qu'on ne s'occupe pas impunément de Dieu : on en arrive à s'arroger malgré soi quelques uns de ses attributs, les pires s'entend. »

Cioran, De l'inconvénient d'être né, éd. Gallimard, 1973, p.197.

dimanche 11 mars 2012

Essai d'éthique, Partie V : Le principe d'accommodation.

Peut-on finalement échapper à la dissociation? Peut-on échapper au nihilisme?

Afin de dépasser la dualité entre la dissociation (thèse vitaliste) et l'association (antithèse éthique), j'en viens à proposer un troisième « mouvement » qui rejoint mon expérience de la méditation et du Taijichuan, un mouvement qui échapperait à toute dissociation, une synthèse qui rejoint le principe même du monisme matérialiste...

La dissociation étant au fond une pulsion fondamentale de l'être, le seul principe qui m'apparaisse contrer ou neutraliser cette volonté ne serait sensible que dans un état d'équilibre entre ces deux mouvements, un état de non-mouvement, de non-agir... un état de lucidité. Ceci me semble la seule possibilité pour que le mouvement soit originel, conscient et lucide, le seul qui ne soit pas une perte du soi dans l'autre, que ce soit en réaction ou proaction. Je nomme le mouvement réalisé dans un tel état l'accommodation (qui rejoint le principe Taoïste du non-agir).

 Ainsi, le mouvement « autre » de la dissociation est l'accommodation.

L'accommodation est en soi un mouvement d'ajustement qui conserve l'unité et l'intégrité du soi, en harmonie avec l'ensemble de la réalitéCe faisant, il demeure réellement un dans un tout, et ce en deux manières : un en lui-même et un avec l'extérieur, d'où l'état d'harmonie. L'harmonie doit nécessairement être un état indéterminé pour demeurer fluide selon les circonstances et la réalité qu'elle doit constamment écouter, accompagner.

Nous saisissons bien que l'accommodation est un principe de la réalité et qu'il se retrouve dans l'ensemble de celle-ci. La vie même n'est bien sûr pas seulement dissociation, mais manifestation de l'accommodation, qu'on appelle aussi adaptation. Notre synthèse ne devrait donc pas surprendre outre mesure.


Notons toutefois que l'accommodation est dénuée de toute connotation de sacrifice du soi pour l'autre (ou pour la réalité). S'il y a sacrifice (collapsing), il n'y a pas réelle accommodation, puisque l'intégrité du soi est délaissée pour satisfaire la réalité extérieure qui s'impose alors sur son propre état (il y a donc perte du soi). Ce qui caractérise justement l'accommodation est la constance de l'état d'harmonie interne (intégrité), fondamentale pour l'harmonisation avec la réalité. Ainsi, les réalités n'entrent jamais en conflit ; il n'y a pas de choc ni d'impact. Le « corps » perd sa connotation de « rigidité » pour se faire solide et malléable...


Cette manière d'être, tout en décrivant bien l'état de Taiji, réalise le principe fondamental et premier du monisme matérialiste : un état matériel indéterminé... Ainsi peut-on dire que c'est la seule manière d'être qui soit conforme à la réalité prise dans son ensemble, en toute lucidité. C'est une vie selon le principe même de l'apeiron. C'est finalement la seule réelle éthique (déduite d'une ontologie moniste matérialiste).

Lorsque Anaximandre laisse dans la pierre les traces de sa pensée, il insiste sur la nécessité du mouvement de la réalité, qui oscille entre la génération et la corruption. Si la génération est un mouvement de dissociation, la corruption est l'essoufflement de cet élan de dissociation ; c'est alors que ce qui apparût retourne à sa source, à un état indéterminé (sorte de substrat matériel). La dissociation est soumise à la nécessité temporelle puisqu'elle est « contre-nature », « contre-réelle ». Elle est temporelle, finie, déterminée. Pour Anaximandre, la corruption est la justice de ce qui apparaît : tout doit retourner expier sa faute originelle, sa dissociation de la réalité entière et originelle...

Notre éthique d'accommodation serait la seule perspective véritablement lucide face à la réalité, même si cette lucidité implique de se délaisser des illusions faciles qui sont le fruit de la dissociation. C'est vivre la vie pleinement sans s'y accrocher (y voir la valeur de la réalité, de notre réalité), sans peur de la fin de celle-ci, sans y chercher du sens, donc sans espoir. Vivre sans peur ni espoir, en toute lucidité. C'est certainement la seule perspective véritablement objective, et donc l'état nécessaire à l'esprit humain pour qu'il puisse réaliser pleinement une science de la réalité à travers sa propre vie.

Comprendre la réalité n'implique pas nécessairement la connaissance des causes aux apparences et aux phénomènes. Elle implique seulement la conscience éclairée de l'état de soi. La connaissance des causes sert au contrôle des phénomènes ; le contrôle des phénomènes est la meilleure excuse pour l'esprit qui refuse de s'accommoder ou de s'ajuster à ce qui est dans le respect de ce qui est. La science moderne est fondamentalement en non respect de l'être... mais elle est l'épiphénomène de l'esprit humain proprement vivant, en guerre pour faire valoir sa vie dans la réalité.

Peu se trouveront non offensés de se faire dire combien toutes les illusions humaines (et même humanistes!) contribuent à une morale nihiliste et agressive. Ce peut paraître une bien sombre critique. Elle est pourtant nécessaire pour dégager l'esprit humain de sa propre illusion bien naturelle et facilement « justifiée ». Elle n'est seulement aucunement justifiée du point de vue de l'idéal moral et de la responsabilité qui revient à tout être doué de conscience et de raison. Tout autre point de vue sera un éloge de l'inconscience et de la déresponsabilité.

Voici donc une éthique qui met fin au nihilisme.

*****

Essai d'éthique - Partie IV : L'association comme seconde dissociation.


Notre présentation du mouvement (volonté) de dissociation au sein même du vivant présente sa propre critique puisqu'elle expose son nihilisme inconscient. Nous tenterons ici de dépasser cet état de fait.


La première possibilité qui saute à mon esprit est celle d'un mouvement qui lui serait contraire. Cependant, simplement cerner le concept qui réfère au mouvement contraire à la dissociation est une entreprise périlleuse. En effet, avons-nous seulement un mot englobant l'idée? Le mouvement contraire pourrait se traduire ainsi : plus que la seule reconnaissance de la co-existence et la conscience de l'ensemble, ce mouvement serait un élan d'association de l'individu au tout (de la partie au tout)...


Le contraire de la dissociation serait un mouvement d'unification (ou d'association), une pulsion à l'accord et au retour à la source, un retour à l'origine. Il ne faut pas s'étonner si le champ lexical rejoint celui du mysticisme. Les mystiques parmi les philosophes enseignent justement un monisme, même s'il n'est pas matérialiste. La seule réalité qu'ils reconnaissent est celle de la divinité, celle de l'esprit. Des méditations sur les Sermons d'Eckhart ou même l'Éthique de Spinoza sont plus qu'éclairants.


Cependant, le mystique apparaît parmi les vivants comme celui se délaissant le plus de la valeur de sa vie, qu'il dédie à une cause supérieure (il mène une existence fondamentalement éthique). On peut y voir avec raison la négation, ou le refus, d'un état de fait qu'il cherche à dépasser. En un sens, on peut le voir à son tour en dissociation ; ne vie-t-il pas en isolation, en ascèse justement?


De plus, loin du mystique qui sacrifie sa vie pour une esthétique ontologique, le mouvement d'association ou d'unification peut être simplement vu comme toute tendance à l'uniformité au sein d'une société, auquel cas le « tout » n'est plus tant « la totalité de la réalité » mais « l'ensemble de la réalité sociale » de l'individu. N'est-ce pas d'ailleurs ce qu'impose la pression sociale? Ce mouvement ne serait alors qu'une suppression de la volonté d'individuation, qui se réalise justement par dissociation... Mais alors que le mystique se pose comme idéal éthique d'abnégation de l'individu dans le « tout cosmique », la volonté d'association commune, celle induite par la pression même de la société, se pose comme une éthique minimale, une éthique de conformité qui n'est aucunement synonyme de lucidité. 


Quoi qu'il en soit, cette volonté d'association, qu'elle soit seulement socialisante ou mystique, bien qu'elle nous présente une autre possibilité du vivant, une possibilité déjà plus éthique, demeure toutefois un mouvement d'opposition : il nous apparaît encore en réaction. Son élan d'association ou d'unification se fait en dissociation de son ego ; malgré tout, il demeure un élan (pulsion, volonté) qu'on peut critiquer comme étant un simple détournement de l'élan vital, la dissociation...


Pourra-t-on finalement échapper à la dissociation? Ce sera notre défi.

vendredi 9 mars 2012

Essai d'éthique - Partie III : Le nihilisme de la vie

Si la vie, comme toute ce qui est, participe d'un mouvement de dissociation, la dissociation n'a pas besoin d'être valorisée puisqu'elle s'impose elle-même comme valeur de facto. Une part de lucidité impliquerait alors de reconnaître cette valeur essentielle (qui est liée à l'essence de l'être). Tous les principes de la réalité sont des valeurs qui s'imposent bien naturellement... Mais ce n'est pas une raison de ne pas être critique face à ce mouvement bien naturel.

Puisque la vie est une dissociation, il est donc naturel pour tout vivant de valoriser ce par quoi il se définit : la vie. La valeur fondamentale et universelle de tout vivant est la vie. Il la chérit, la protège, la manifeste et la propage. Aussi, il regarde avec suspicion tout ce qui manifeste ou valorise une indifférence à la vie et (à juste raison) voit en horreur tout ce qui voue une haine de la vie (un niveau de dissociation de plus).

Pourtant, la réalité en elle-même est indifférente à la vie.

Par leur valorisation d'eux-mêmes, les vivants se placent au-dessus du reste des étants (êtres). Ces autres, qui ne participent pas de la vie, n'ont en soi aucune valeur : il revient aux vivants de les utiliser pour l'expression d'eux-mêmes (prenant ainsi une valeur marchande, utile). La vie s'impose comme maîtresse de la réalité et les humains ne sont que le comble de cette valorisation égocentrique et nihiliste.

Se valorisant elle-même, la vie nie la valeur du non-vivant. Nous nous imposons comme « maîtres et possesseurs de la nature » au nom de notre volonté de vivre. Nietzsche a bien raison de nommer celle-ci « volonté de puissance » ou « volonté de domination ». On ne saurait mieux dire. Cependant, elle impose sa valeur par dissociation, par discrimination.

Nous répondrons donc à Nietzsche et à tous les vitalistes, ceux qui partent de la vie, en tout et pour tout, et retournent à la vie. Notre but est de dépasser la valeur de la vie, sans la nier. Notre éthique doit dépasser cette réduction naturaliste (ou vitaliste) du simple vivant, auquel cas elle n'est plus morale. Notre idéal, en tant qu'être conscient et lucide, ne peut ignorer les implications sur l'être que le vivant impose inconsciemment. Si la vie s'impose comme valeur de facto, reconnaître la place de la vie dans la réalité nous place dans l'indifférence ou le détachement du fait pour considérer le principe qui la suppose, cette volonté (pulsion) de dissociation, et voir s'il y a possibilité d'un principe qui lui est supérieur. L'éthique ne vise pas la justification d'un état de fait, mais le dépassement de cet état par sa critique et la recherche d'un idéal. Si la pensée peut le réaliser, c'est qu'elle a un fondement réel peut-être plus profond que l'apparence factuelle.

Essai d'éthique - Partie II : Mouvement de dissociation

Le principal problème que pose le monisme matérialiste pour la pensée est celle de la génération, donc de la création et de la naissance. Commençons donc par définir ce que serait ce mouvement de génération par un commentaire classique (école aristotélicienne) de la pensée d'Anaximandre. Notons que l'école d'Aristote critique et s'oppose à cette conception de la réalité, chose que je ne développerai pas pour l'instant.

Commentaire de Simplicius : « [Pour Anaximandre,] la génération ne se fait pas par altération élémentaire mais par dissociation des contraires sous l'effet du mouvement éternel » (Commentaire sur la Physique d'Aristote, 24, 13). On parle ici de « séparation ou de discrimination déterminante ».

Une vulgarisation s'impose. Simplicius remarque que le processus de création, donc de génération, au sein du monisme matérialiste n'est pas un transformisme élémentaire, comme le soutenait le maître d'Anaximandre, Thalès (pour qui tout vient de l'eau élémentaire). Pour Anaximandre, la réalité perceptible émerge d'un état indéterminé ; cette séparation (ou discrimination) est déterminante, dans le sens qu'elle détermine une réalité hors d'un tout indéterminé. Cependant, cet état déterminé n'est que temporaire, car il finit par retourner à son état originel, indéterminé. Il dégage ainsi la principale loi de la nature : celle de la corruption ou du retour à l'état originel, qu'on peut aussi appeler état neutre, harmonieux, voire la paix.

Tous cela est bien métaphysique et abstrait. Cependant, cela devient plus intuitif lorsqu'on réfléchit sur le phénomène particulier qu'est la vie. La vie ne porte-t-elle pas en elle son processus de génération et de corruption? (Oui, pour Anaximandre, on pourrait dire que toute la réalité est vivante, en quelque sorte.)

Il est intéressant de remarquer que l'essence de la vie (comme de tout ce qui vient à l'existence selon Anaximandre) se trouve dans un mouvement de dissociation, donc d'opposition. Elle naît en se plaçant en contraire d'une réalité qui lui est étrangère : non vivante. L'organique émerge de l'inorganique ; l'inorganique lui est premier, est sa source, son substrat. La plupart des physiciens, chimistes et biochimistes s'entendront sur cela.

Même si le mouvement de dissociation n'est pas conscient, il intervient en quelque sorte comme une « loi » nécessaire au sein de la réalité (Heidegger présente un beau commentaire à la fin de son oeuvre Chemins qui mènent nulle part - La parole d'Anaximandre). Cependant, que penser du principe de dissociation s'il est le fondement de ce qui est? Quelle éthique en déduire? Faut-il valoriser ou se dissocier de la dissociation?

[Note à moi-même : revoir l'explication et la finale du texte; approfondir l'exemple de la vie au lieu de partir sur d'autres considérations car c'est plus nébuleux que nécessaire.]

Essai d'éthique - Partie I - Présentation

La perspective matérialiste n'est aucunement dénuée de spiritualité. Habituellement, nous opposons la perspective de l'esprit (de la pensée, des idées) sur le monde à la perspective du corps (des sens, perceptions, observations) sur le monde. Ce monde que nous tentons d'atteindre est la réalité, soumise à la conception que nous en avons. Si notre conception de la réalité est si fondamentale à l'ensemble de l'entreprise humaine, elle mérite qu'on s'y attarde un peu.

Je me trompe peut-être, mais il m'apparaît que deux hypothèses se sont démarquées et succédées dans l'histoire des idées sur cette question. La première est le monisme et la seconde, le dualisme. Le monisme pose qu'on puisse réduire l'ensemble de la réalité qu'à un seul substrat (il n'y a qu'une seule réalité), tandis que le dualisme en pose deux (il y a deux sortes de réalités).

Sur cette question, je tente d'appliquer la sagesse d'Ockham et tente d'éviter de multiplier les réalités pour expliquer la réalité. C'est pourquoi je soutiens comme hypothèse de départ (méthodologiquement) le monisme. Cependant, même si nous posons qu'il n'y a qu'une réalité, il n'est pas si évident de la déterminer...

Nous pouvons difficilement faire l'économie de l'idée de matière, peut importe sous quelle forme elle se retrouve. Le seul problème avec cette idée, c'est qu'elle induit intuitivement que la réalité est nécessairement sensible, associant le concept de matière à celui de corps. Beaucoup de matérialistes sont en fait des « atomistes » (ou tout autre terme plus précis, comme « corpusculistes »), mais cela ne justifie pas de réduire le matérialisme à l'atomisme, ni la matière au corps.

Une hypothèse originelle (et originale) du matérialisme voit dans la matière une réalité englobante qui explique à la fois ce qui est et ce qui peut être. Son état peut être déterminé (en un corps) ou indéterminé (en un potentiel, pourrait-on dire). Cette hypothèse pense la réalité déterminée comme un état particulier d'un substrat dont l'état naturel tendrait plutôt à l'indétermination. Notre problème avec l'état indéterminé, c'est qu'il nous est inaccessible par les sens (imperceptible car non déterminée), mais seulement indirectement par déduction et réflexion (observation du mouvement et des changements). Le phénomène le plus éclairant à ce propos est la vie, ou de manière plus générale, la génération (création) et la corruption.

Mon essai se penchera sur la question de la spiritualité, des idées et des valeurs au sein d'un monisme matérialiste tel que présenté afin d'en dégager une éthique. Selon une perspective moniste, il n'y a qu'une réalité. Ainsi, la spiritualité, les idées et les valeurs doivent être en accord avec la réalité matérielle, donc en unité avec celle-ci, puisqu'elle en sont des « modes » ou des expressions (et non pas l'expression d'une réalité autre). Une telle éthique aura comme ambition d'en finir avec le nihilisme.

jeudi 1 mars 2012

Politeia, partie III : solution au Néolibéralisme

L'idéologie néolibéraliste est pleinement démocratique dans le sens qu'elle joue dans ses deux tendances (l'anarchie et le totalitarisme) pour en faire une synthèse. Elle cultive l'anarchie dans l'égoïsme de l'homme économique purement pragmatique et calculateur. Elle cultive en même temps le totalitarisme dans l'administration économique mondiale, qui impose la lutte des intérêts individuels au nom d'un intérêt transcendant qui les dépasse tous, l'intérêt économique. Voilà pourquoi les néolibéraux sont à la fois anti-démocrates (en forme) et pro-démocrates (en fond).

Néolibéralisme. Forme : technocratie. Fond : anarchie.

L'idéologie néolibérale se veut l'aboutissement de la démocratie dans la synthèse de ses deux tendances fondamentales. En un certain sens, on peut la voir comme la « voie naturelle » de la démocratie.

La solution à la démocratie (comme simple frontière et état temporaire entre deux tendances a-politiques) serait la politeia. http://en.wikipedia.org/wiki/Politeia La politeia est un réel régime politique et non une façade à l'économie. La politeia, c'est littéralement la politique. Disons que c'est la démocratie lorsqu'elle est réellement politique, lorsque le coeur de celle-ci est le citoyen (agent politique partageant le pouvoir avec son égal) et non le travailleur, salarié ou contribuable... (À ne pas confondre non plus avec le représentant de la démocratie représentative). Évidemment, « citoyen » devient alors un titre de mérite chargé d'une responsabilité sociale et politique car il est responsable de la grandeur de la « cité ».

La solution à l'État moderne démocratique se trouve justement dans l'idée de la Cité-État. La politeia n'est possible que dans une « Cité ». Mais qu'est une Cité? Pour bien en saisir l'idée, nous devons revoir notre conception de l'administration des sociétés humaines.

On peut voir la politeia comme une idéologie au même titre que le néolibéralisme. Elle serait alors l'idéologie concurrente à cette dernière, la volonté d'échapper aux deux tendances de la démocratie que le néolibéralisme réalise : l'anarchie et le totalitarisme.

J'appelle ici « sociologie des grands nombres » ma réflexion sur la société compte tenu de l'état démographique des communautés contemporaines. Mon hypothèse sera la suivante : nous nous situons à une période charnière et déterminante de l'histoire humaine où le sens même de la politique (ou du citoyen) est en jeu et tente de survivre à l'idéologie dominante (néolibéraliste) et dont la solution se trouve dans la politeia.

De nombreux penseurs ont traité du problème humain post-industrialisation ; je me fais l'économie de commenter cette littérature fertile. Cependant, si une chose est certaine, c'est la transformation des organisations humaines suite à l'inflation et la concentration des communautés humaines, ce qui nous amène à revoir le sens de la politique. Par tradition (moderne?), son sens aboutit à l'État moderne, l'idée même du totalitarisme. Ainsi, la tendance politique de la modernité fut la concentration des pouvoirs en une superstructure économique, l'État, qui représente idéalement l'« intérêt des citoyens ».

Cependant, dans une telle structure sociale, l'agent politique cesse alors d'être le citoyen, car il a délaissé sa fonction à une classe politique administrant la « chose publique » pour son « bien ». Nous avons bien traité de cela dans les parties antérieures (surtout la première partie).

Ce que je veux maintenant pointer, c'est la tendance à concentrer les centres de décision pour une fin administrative. Cette tendance va de pair avec l'idéologie dominante : le néolibéralisme (la social-démocratie n'étant souvent qu'une forme de gestion néolibérale). La seule solution possible qui soit réellement politique est la déconcentration des centres décisionnels et administratifs dans le but d'atteindre l'auto-gestion étendue des affaires humaines, d'où l'idée de la Cité-État. Ceci implique une tendance contraire à la spécialisation technocratique des individus. Ceux-ci gagneraient en sens au lieu d'en subir la réduction forcée tout au long de leur éducation et de leur vie.

Il est impératif de mettre fin à la spécialisation de travailleurs administratifs et représentatifs. Les représentants ne sont pas un problème en soi, tant qu'ils n'en fassent pas profession ; de même pour les administrateurs et gestionnaires. Ce sont des tâches qui doivent être partagées car ce sont des tâches politiques. Tous devraient y avoir accès également, pour un temps limité, ce qui implique que tous y prennent part comme une responsabilité communautaire fondamentale. Implication, partage, responsabilité. Aucune personne ne gagne à réduire au minimum son implication et sa responsabilité au sein des affaires de sa vie. C'est maintenir et justifier un état infantile, servile et parasite, tout ce qui va à l'encontre de l'intérêt de tout être raisonnable.

Le raisonnable s'impose au sein d'une vie publique puisqu'il en est une exigence fondamentale. Si nous ne réduisons notre sphère d'action, donc de moralité, qu'au privé, nous cessons d'être des agents politiques. La politique est l'extension de la morale, une morale impliquée publiquement. Face à la morale privée, nous retenons nos jugements, laissant à chacun la liberté de déterminer ses propres exigences (face à lui-même et face à ses proches). Réduire la vie humaine à ce territoire, c'est lui enlever une grande part de sa dignité.

Nous verrions vite combien l'expérience est un facteur positif et valorisant ; il ne serait pas étonnant de voir nos anciens et sages être des conseillers. Je vous renvoie à méditer l'Éthique à Nicomaque et les Politiques d'Aristote (pour ne pas nommer la République de Platon!)... Ce qui est certain, c'est qu'ils ne seraient plus rejetés comme des denrées épuisées dont la seule valeur vient de leurs besoins exploités par un monde de consommation.

On me reprochera mon idéalisme. Tout en ayant raison, ils auront tort d'en faire un reproche. Certes, l'idée et la solution que j'ai exprimée (idée = idéal) se veut explicitement une idéologie concurrente à une idéologie qui domine notre société. L'erreur bête dans ce reproche, c'est de placer comme « réaliste » l'idéologie dominante, qui est en soi une idée, un idéal. C'est un paralogisme triste, nihiliste, celui du « naturaliste » (il peut prendre d'autres noms).

Réduisez votre monde à ce qui est, vous vous abrutissez car vous niez votre esprit : la capacité à regarder les réalités possibles et celle de porter un jugement pour affirmer celle qu'il faille choisir, la meilleure réalité possible. C'est le seul moyen de réaliser quelque chose : rendre réel une idée. Demeurer dans le simple constat de la réalité, c'est reconnaître son incapacité à penser, à réaliser, à vivre. C'est la différence entre se faire vivre par la vie ou faire vivre la vie. Voilà ce qu'est la philosophie.
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J'espère que cet essai vous aura fait méditer sur notre réalité sociale. Excusez mon manque de méthodologie et mon style lour, typique des premiers jets. Voilà pourquoi c'est un essai...

Merci!