La voie du calme, de la paix et de la sérénité ne se parcours qu'en silence. S'il nous apparaît menaçant, c'est par ignorance. Nous cultivons un attachement maladif à l'expression de nos voix internes, c'est pourquoi nous finissons par développer une aversion envers le vide des voix. Pourtant, se laisser porter par ces mouvements nous plonge dans la misère et l'esclavage. Malheureusement, peu de penseurs ont parlé de l'esclavage des pensées ; c'est qu'être penseur ne rend pas sage.
Le sage poursuit la voie du calme, de la paix et de la sérénité, c'est pourquoi il doit cultiver le silence. L'isolement a la bienfaisance de nous couper des pensées d'autrui qui penvent être plus source de préoccupation que de réconfort. Loin des pensées des autres, nous sommes submergés par celles qui nous hantent. Au début, nous sommes harcelés par notre imagination et notre mémoire, rien qui ne nous encourage à prendre soin du présent. Cependant, tout cela passe et finit par se calmer, fort heureusement.
Le calme après la tempête dévoile un ami des plus précieux. Il est une voix simple, détachée, rationnelle, critique et encourageante. Elle nous fait progresser un certain temps. Mais la voie du bonheur ne peut se faire que seule, à la fin. L'ami est là lorsqu'il est nécessaire, mais il faut savoir vivre même sans cet ami. Détaché, nous découvrons finalement le vrai silence, et dans ce silence, « soi ». Nous devenons une membrane au contact de la présence, plein de présences. Nous découvrons finalement le « monde » et non plus ses représentations. Nous quittons donc, finalement, la voie de l'ignorance et rejoignons celle de la vérité.
Lorsque nous cultivons cette voie, on se demande pourquoi écrire.
Pax.
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vendredi 10 août 2012
dimanche 13 mai 2012
Souvenirs d'esclavage. Éducation à l'humanité.
Je pensais en avoir fini de spammer des messages faisant réfléchir sur nos politiques actuelles. Mais non. Lisant l'introduction de ma version « Du devoir de la désobéissance civile » de H. D. Thoreau par Sylvie Chaput, je suis tombé sur une citation d'un ancien esclave lors des troubles civiques causés par la question de l'esclavage chez nos voisins méridionaux.
Frederick Douglass décrit dans ses « Mémoires d'un esclave américain » de 1845 sa condition de deux décennies d'esclavage. Voici ses mots (traduits par Franchita Gonzales-Batlle, 1980) :
« Mon expérience de l'esclavage m'a permis d'observer que, chaque fois que ma condition s'améliorait, cela ne faisait qu'accroître mon désir d'être libre, au lieu d'accroître ma satisfaction, et m'entraînait à réfléchir aux moyens d'obtenir ma liberté. J'ai découvert que, pour rendre un esclave satisfait, il faut le rendre sans pensée. Il faut obscurcir sa vision morale et mentale et, autant que possible, anéantir la force de la raison. Il ne doit être capable de relever aucune contradiction dans l'esclavage; on doit faire en sorte qu'il trouve l'esclavage juste, et il ne peut y être amené que lorsqu'il cesse d'être un homme. »
Prenez le temps - il le faut - de relire ces propos.
Rien n'est pire que l'esclave qui justifie lui-même sa propre condition servile. Il se pose comme un non-humain... rationnellement. Le maître, malgré sa bassesse morale, ne fait que jouer et utiliser l'absence de moralité de l'esprit qui justifie l'injustifiable.
Ce qui demeure troublant dans tout ça, c'est de constater l'éternel retour du même : l'esclave était la principale force de travail, main d'oeuvre, des sociétés esclavagistes ; si la force de travail a changé de nom, le travail (et sa condition) se perpétue. Et je peux trop facilement lire à la place « d'esclavage », « salarié » ou « travailleur ». Et les opinions manifestées sur nos places publiques me confirment cette intuition.
« Pour rendre un [travailleur] satisfait, il faut le rendre sans pensée. Il faut obscurcir sa vision morale et mentale et, autant que possible, anéantir la force de la raison. Il ne doit être capable de relever aucune contradiction dans [le travail]; on doit faire en sorte qu'il trouve [le travail] juste, et il ne peut y être amené que lorsqu'il cesse d'être un homme. »
La société de travailleurs-consommateurs est la mort de l'humanité. Quoi penser de ceux qui s'évertuent à faire de l'éducation 1) la préparation au travail, ou 2) un service pour consommateurs-étudiants (PME individuelle)? Que penser maintenant de ceux qui justifient tout cela, parmi lesquels se trouvent des enseignants, beaucoup de travailleurs, des étudiants, trop de « citoyens »...?
Frederick Douglass décrit dans ses « Mémoires d'un esclave américain » de 1845 sa condition de deux décennies d'esclavage. Voici ses mots (traduits par Franchita Gonzales-Batlle, 1980) :
« Mon expérience de l'esclavage m'a permis d'observer que, chaque fois que ma condition s'améliorait, cela ne faisait qu'accroître mon désir d'être libre, au lieu d'accroître ma satisfaction, et m'entraînait à réfléchir aux moyens d'obtenir ma liberté. J'ai découvert que, pour rendre un esclave satisfait, il faut le rendre sans pensée. Il faut obscurcir sa vision morale et mentale et, autant que possible, anéantir la force de la raison. Il ne doit être capable de relever aucune contradiction dans l'esclavage; on doit faire en sorte qu'il trouve l'esclavage juste, et il ne peut y être amené que lorsqu'il cesse d'être un homme. »
Prenez le temps - il le faut - de relire ces propos.
Rien n'est pire que l'esclave qui justifie lui-même sa propre condition servile. Il se pose comme un non-humain... rationnellement. Le maître, malgré sa bassesse morale, ne fait que jouer et utiliser l'absence de moralité de l'esprit qui justifie l'injustifiable.
Ce qui demeure troublant dans tout ça, c'est de constater l'éternel retour du même : l'esclave était la principale force de travail, main d'oeuvre, des sociétés esclavagistes ; si la force de travail a changé de nom, le travail (et sa condition) se perpétue. Et je peux trop facilement lire à la place « d'esclavage », « salarié » ou « travailleur ». Et les opinions manifestées sur nos places publiques me confirment cette intuition.
« Pour rendre un [travailleur] satisfait, il faut le rendre sans pensée. Il faut obscurcir sa vision morale et mentale et, autant que possible, anéantir la force de la raison. Il ne doit être capable de relever aucune contradiction dans [le travail]; on doit faire en sorte qu'il trouve [le travail] juste, et il ne peut y être amené que lorsqu'il cesse d'être un homme. »
La société de travailleurs-consommateurs est la mort de l'humanité. Quoi penser de ceux qui s'évertuent à faire de l'éducation 1) la préparation au travail, ou 2) un service pour consommateurs-étudiants (PME individuelle)? Que penser maintenant de ceux qui justifient tout cela, parmi lesquels se trouvent des enseignants, beaucoup de travailleurs, des étudiants, trop de « citoyens »...?
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