jeudi 26 avril 2012
Pouvoir exécutif au sein de la société civile
Violence? Un banc de parc passe au feu... Si une vitrine est cassée, est-ce que ça justifie la violence et la répression des autorités? Dans une situation de tension, l'autorité n'est-elle pas due de maintenir un contrôle? Pourquoi générer la panique et le chaos?
On ne peut contrôler qu'en étant en contrôle de soi... malheureusement, je vois se multiplier des policiers incompétents : hors de contrôle, sur le bord de la panique, face à une foule qui ne fait que du bruit, ou un seul individu agressif... Triste de faire le constat de cette incompétence, moi-même qui enseigne l'auto-défense. Pourtant, s'il est une fonction où cette compétence est fondamentale, c'est bien celle de nos « gardiens » (policiers). Malheureusement, la formation actuelle des « agents de la paix » en font des bombes à retardement, des agents de guerre, trop souvent pour qu'on puisse se le permettre. Une société qui valorise la paix et la discussion ne peut se permettre de tolérer de tels caractères parmi les représentants de l'autorité.
L'attitude qu'on permet de la part du pouvoir exécutif est éducative, chose qu'on a tendance à oublier. Elle donne l'exemple à tout citoyen sur la manière de gérer une crise ou un conflit. C'est pourquoi certaines attitudes ne doivent pas être permises ni tolérées, de la part de quiconque, peu importe son travail, sa fonction ou son rôle ; aucune tâche ne peut soustraire un individu (citoyen) de son devoir moral d'être civique, courtois et respectueux. En conséquence, nos « gardiens » ont un fardeau moral supérieur à chaque citoyen puisqu'ils sont justement l'exemple de l'usage de la violence légitime en société, donc de la limite à la violence. Ainsi, ils représentent la paix, non la guerre. Pourtant, face à une foule, ou une résistance quelconque, nous les voyons préparer la guerre... et souvent la provoquer, ce qui va contre tout sens raisonnable. Une limite est franchie, celle de la violence.
Nous constatons bien nos moeurs dégénérer : le sentiment de respect envers les autorités tend à disparaître. La principale cause de cela, c'est justement le fait que ces autorités ne soient plus respectables. Ils n'ont plus autorité par respect, mais par crainte, par pouvoir de sanction. Leur autorité est devenue artificielle, strictement légale. Pour maintenir leur autorité, jusqu'où iront nos représentants du pouvoir exécutif? Ont-ils appris que le respect vient des limites qu'on s'impose malgré les circonstances? les limites qu'on met à l'usage de notre violence malgré la violence même de ce qui nous fais face?
Et dire que beaucoup de citoyens pensent que leur formation collégiale, qui implique nécessairement quelques cours de philosophie, est en fait une perte de temps. Pourtant, c'est la formation philosophique qui ouvre à cette compétence fondamentale qui manque tant à la formation des policiers! C'est par la philosophie qu'ils peuvent prendre conscience de cela et peut-être échapper à la bêtise et la barbarie si facile dans leur métier (position de pouvoir).
Être un agent de la paix, c'est accepter de se faire fusiller avant de fusiller, pas fusiller par prévention. L'attaque préventive n'est pas légitime défense, et ne sera jamais légitime. Pourtant, nous avons fini par admettre et accepter que nos agents de la paix interviennent de manière préventive au nom de la sécurité, ce qui ouvre la voix à l'agression « légitime », dont la « légitimité » ne tient qu'à l'interprétation malléable de la situation. Ceci est inacceptable car ne peut que déboucher sur un état social violent. C'est permettre la violence en prévention de la violence ; la violence comme solution, l'injustice comme solution. On s'excuse facilement de notre immoralité.
Pourtant, chose que je ne tairai jamais, la moralité ne peut souffrir d'aucun compromis.
Aucun citoyen ne peut tolérer que le pouvoir exécutif soit un agresseur légitime. Jamais l'usage légitime de la violence de doit être en position de guerre (d'agression) contre la voix du peuple, son ensemble, une partie (aussi minoritaire soit-elle) ou même un seul individu.
Ayons tous une pensée pour ceux qui sont morts sous l'agression des « services » de police. Pensons aussi à tous ceux qui subissent la violence et lui répondent par la paix... Montrons-nous plus civilisés que nos « agents de la paix », soyons les agents de la paix.
lundi 9 avril 2012
mardi 27 mars 2012
Orgueil des profondeurs
« Dès qu'on se pose des questions dites philosophiques et qu'on emploie l'inévitable jargon, on prend un air supérieur, agressif, et cela dans un domaine où l'insoluble étant de rigueur, l'humilité devrait l'être aussi. Cette anomalie n'est qu'apparente. Plus les questions qu'on aborde sont de taille, plus on perd la tête : on finit même à se prêter à soi-même les dimensions qu'elles possèdent. Si l'orgueil des théologiens est plus ''puant'' encore que celui des philosophes, c'est qu'on ne s'occupe pas impunément de Dieu : on en arrive à s'arroger malgré soi quelques uns de ses attributs, les pires s'entend. »
Cioran, De l'inconvénient d'être né, éd. Gallimard, 1973, p.197.
Cioran, De l'inconvénient d'être né, éd. Gallimard, 1973, p.197.
dimanche 11 mars 2012
Essai d'éthique, Partie V : Le principe d'accommodation.
Peut-on finalement échapper à la dissociation? Peut-on échapper au nihilisme?
Afin de dépasser la dualité entre la dissociation (thèse vitaliste) et l'association (antithèse éthique), j'en viens à proposer un troisième « mouvement » qui rejoint mon expérience de la méditation et du Taijichuan, un mouvement qui échapperait à toute dissociation, une synthèse qui rejoint le principe même du monisme matérialiste...
La dissociation étant au fond une pulsion fondamentale de l'être, le seul principe qui m'apparaisse contrer ou neutraliser cette volonté ne serait sensible que dans un état d'équilibre entre ces deux mouvements, un état de non-mouvement, de non-agir... un état de lucidité. Ceci me semble la seule possibilité pour que le mouvement soit originel, conscient et lucide, le seul qui ne soit pas une perte du soi dans l'autre, que ce soit en réaction ou proaction. Je nomme le mouvement réalisé dans un tel état l'accommodation (qui rejoint le principe Taoïste du non-agir).
Ainsi, le mouvement « autre » de la dissociation est l'accommodation.
L'accommodation est en soi un mouvement d'ajustement qui conserve l'unité et l'intégrité du soi, en harmonie avec l'ensemble de la réalité. Ce faisant, il demeure réellement un dans un tout, et ce en deux manières : un en lui-même et un avec l'extérieur, d'où l'état d'harmonie. L'harmonie doit nécessairement être un état indéterminé pour demeurer fluide selon les circonstances et la réalité qu'elle doit constamment écouter, accompagner.
Nous saisissons bien que l'accommodation est un principe de la réalité et qu'il se retrouve dans l'ensemble de celle-ci. La vie même n'est bien sûr pas seulement dissociation, mais manifestation de l'accommodation, qu'on appelle aussi adaptation. Notre synthèse ne devrait donc pas surprendre outre mesure.
Notons toutefois que l'accommodation est dénuée de toute connotation de sacrifice du soi pour l'autre (ou pour la réalité). S'il y a sacrifice (collapsing), il n'y a pas réelle accommodation, puisque l'intégrité du soi est délaissée pour satisfaire la réalité extérieure qui s'impose alors sur son propre état (il y a donc perte du soi). Ce qui caractérise justement l'accommodation est la constance de l'état d'harmonie interne (intégrité), fondamentale pour l'harmonisation avec la réalité. Ainsi, les réalités n'entrent jamais en conflit ; il n'y a pas de choc ni d'impact. Le « corps » perd sa connotation de « rigidité » pour se faire solide et malléable...
Cette manière d'être, tout en décrivant bien l'état de Taiji, réalise le principe fondamental et premier du monisme matérialiste : un état matériel indéterminé... Ainsi peut-on dire que c'est la seule manière d'être qui soit conforme à la réalité prise dans son ensemble, en toute lucidité. C'est une vie selon le principe même de l'apeiron. C'est finalement la seule réelle éthique (déduite d'une ontologie moniste matérialiste).
Lorsque Anaximandre laisse dans la pierre les traces de sa pensée, il insiste sur la nécessité du mouvement de la réalité, qui oscille entre la génération et la corruption. Si la génération est un mouvement de dissociation, la corruption est l'essoufflement de cet élan de dissociation ; c'est alors que ce qui apparût retourne à sa source, à un état indéterminé (sorte de substrat matériel). La dissociation est soumise à la nécessité temporelle puisqu'elle est « contre-nature », « contre-réelle ». Elle est temporelle, finie, déterminée. Pour Anaximandre, la corruption est la justice de ce qui apparaît : tout doit retourner expier sa faute originelle, sa dissociation de la réalité entière et originelle...
Notre éthique d'accommodation serait la seule perspective véritablement lucide face à la réalité, même si cette lucidité implique de se délaisser des illusions faciles qui sont le fruit de la dissociation. C'est vivre la vie pleinement sans s'y accrocher (y voir la valeur de la réalité, de notre réalité), sans peur de la fin de celle-ci, sans y chercher du sens, donc sans espoir. Vivre sans peur ni espoir, en toute lucidité. C'est certainement la seule perspective véritablement objective, et donc l'état nécessaire à l'esprit humain pour qu'il puisse réaliser pleinement une science de la réalité à travers sa propre vie.
Comprendre la réalité n'implique pas nécessairement la connaissance des causes aux apparences et aux phénomènes. Elle implique seulement la conscience éclairée de l'état de soi. La connaissance des causes sert au contrôle des phénomènes ; le contrôle des phénomènes est la meilleure excuse pour l'esprit qui refuse de s'accommoder ou de s'ajuster à ce qui est dans le respect de ce qui est. La science moderne est fondamentalement en non respect de l'être... mais elle est l'épiphénomène de l'esprit humain proprement vivant, en guerre pour faire valoir sa vie dans la réalité.
Peu se trouveront non offensés de se faire dire combien toutes les illusions humaines (et même humanistes!) contribuent à une morale nihiliste et agressive. Ce peut paraître une bien sombre critique. Elle est pourtant nécessaire pour dégager l'esprit humain de sa propre illusion bien naturelle et facilement « justifiée ». Elle n'est seulement aucunement justifiée du point de vue de l'idéal moral et de la responsabilité qui revient à tout être doué de conscience et de raison. Tout autre point de vue sera un éloge de l'inconscience et de la déresponsabilité.
Voici donc une éthique qui met fin au nihilisme.
*****
Afin de dépasser la dualité entre la dissociation (thèse vitaliste) et l'association (antithèse éthique), j'en viens à proposer un troisième « mouvement » qui rejoint mon expérience de la méditation et du Taijichuan, un mouvement qui échapperait à toute dissociation, une synthèse qui rejoint le principe même du monisme matérialiste...
La dissociation étant au fond une pulsion fondamentale de l'être, le seul principe qui m'apparaisse contrer ou neutraliser cette volonté ne serait sensible que dans un état d'équilibre entre ces deux mouvements, un état de non-mouvement, de non-agir... un état de lucidité. Ceci me semble la seule possibilité pour que le mouvement soit originel, conscient et lucide, le seul qui ne soit pas une perte du soi dans l'autre, que ce soit en réaction ou proaction. Je nomme le mouvement réalisé dans un tel état l'accommodation (qui rejoint le principe Taoïste du non-agir).
Ainsi, le mouvement « autre » de la dissociation est l'accommodation.
L'accommodation est en soi un mouvement d'ajustement qui conserve l'unité et l'intégrité du soi, en harmonie avec l'ensemble de la réalité. Ce faisant, il demeure réellement un dans un tout, et ce en deux manières : un en lui-même et un avec l'extérieur, d'où l'état d'harmonie. L'harmonie doit nécessairement être un état indéterminé pour demeurer fluide selon les circonstances et la réalité qu'elle doit constamment écouter, accompagner.
Nous saisissons bien que l'accommodation est un principe de la réalité et qu'il se retrouve dans l'ensemble de celle-ci. La vie même n'est bien sûr pas seulement dissociation, mais manifestation de l'accommodation, qu'on appelle aussi adaptation. Notre synthèse ne devrait donc pas surprendre outre mesure.
Notons toutefois que l'accommodation est dénuée de toute connotation de sacrifice du soi pour l'autre (ou pour la réalité). S'il y a sacrifice (collapsing), il n'y a pas réelle accommodation, puisque l'intégrité du soi est délaissée pour satisfaire la réalité extérieure qui s'impose alors sur son propre état (il y a donc perte du soi). Ce qui caractérise justement l'accommodation est la constance de l'état d'harmonie interne (intégrité), fondamentale pour l'harmonisation avec la réalité. Ainsi, les réalités n'entrent jamais en conflit ; il n'y a pas de choc ni d'impact. Le « corps » perd sa connotation de « rigidité » pour se faire solide et malléable...
Cette manière d'être, tout en décrivant bien l'état de Taiji, réalise le principe fondamental et premier du monisme matérialiste : un état matériel indéterminé... Ainsi peut-on dire que c'est la seule manière d'être qui soit conforme à la réalité prise dans son ensemble, en toute lucidité. C'est une vie selon le principe même de l'apeiron. C'est finalement la seule réelle éthique (déduite d'une ontologie moniste matérialiste).
Lorsque Anaximandre laisse dans la pierre les traces de sa pensée, il insiste sur la nécessité du mouvement de la réalité, qui oscille entre la génération et la corruption. Si la génération est un mouvement de dissociation, la corruption est l'essoufflement de cet élan de dissociation ; c'est alors que ce qui apparût retourne à sa source, à un état indéterminé (sorte de substrat matériel). La dissociation est soumise à la nécessité temporelle puisqu'elle est « contre-nature », « contre-réelle ». Elle est temporelle, finie, déterminée. Pour Anaximandre, la corruption est la justice de ce qui apparaît : tout doit retourner expier sa faute originelle, sa dissociation de la réalité entière et originelle...
Notre éthique d'accommodation serait la seule perspective véritablement lucide face à la réalité, même si cette lucidité implique de se délaisser des illusions faciles qui sont le fruit de la dissociation. C'est vivre la vie pleinement sans s'y accrocher (y voir la valeur de la réalité, de notre réalité), sans peur de la fin de celle-ci, sans y chercher du sens, donc sans espoir. Vivre sans peur ni espoir, en toute lucidité. C'est certainement la seule perspective véritablement objective, et donc l'état nécessaire à l'esprit humain pour qu'il puisse réaliser pleinement une science de la réalité à travers sa propre vie.
Comprendre la réalité n'implique pas nécessairement la connaissance des causes aux apparences et aux phénomènes. Elle implique seulement la conscience éclairée de l'état de soi. La connaissance des causes sert au contrôle des phénomènes ; le contrôle des phénomènes est la meilleure excuse pour l'esprit qui refuse de s'accommoder ou de s'ajuster à ce qui est dans le respect de ce qui est. La science moderne est fondamentalement en non respect de l'être... mais elle est l'épiphénomène de l'esprit humain proprement vivant, en guerre pour faire valoir sa vie dans la réalité.
Peu se trouveront non offensés de se faire dire combien toutes les illusions humaines (et même humanistes!) contribuent à une morale nihiliste et agressive. Ce peut paraître une bien sombre critique. Elle est pourtant nécessaire pour dégager l'esprit humain de sa propre illusion bien naturelle et facilement « justifiée ». Elle n'est seulement aucunement justifiée du point de vue de l'idéal moral et de la responsabilité qui revient à tout être doué de conscience et de raison. Tout autre point de vue sera un éloge de l'inconscience et de la déresponsabilité.
Voici donc une éthique qui met fin au nihilisme.
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Essai d'éthique - Partie IV : L'association comme seconde dissociation.
Notre présentation du mouvement (volonté) de dissociation au sein même du vivant présente sa propre critique puisqu'elle expose son nihilisme inconscient. Nous tenterons ici de dépasser cet état de fait.
La première possibilité qui saute à mon esprit est celle d'un mouvement qui lui serait contraire. Cependant, simplement cerner le concept qui réfère au mouvement contraire à la dissociation est une entreprise périlleuse. En effet, avons-nous seulement un mot englobant l'idée? Le mouvement contraire pourrait se traduire ainsi : plus que la seule reconnaissance de la co-existence et la conscience de l'ensemble, ce mouvement serait un élan d'association de l'individu au tout (de la partie au tout)...
Le contraire de la dissociation serait un mouvement d'unification (ou d'association), une pulsion à l'accord et au retour à la source, un retour à l'origine. Il ne faut pas s'étonner si le champ lexical rejoint celui du mysticisme. Les mystiques parmi les philosophes enseignent justement un monisme, même s'il n'est pas matérialiste. La seule réalité qu'ils reconnaissent est celle de la divinité, celle de l'esprit. Des méditations sur les Sermons d'Eckhart ou même l'Éthique de Spinoza sont plus qu'éclairants.
Cependant, le mystique apparaît parmi les vivants comme celui se délaissant le plus de la valeur de sa vie, qu'il dédie à une cause supérieure (il mène une existence fondamentalement éthique). On peut y voir avec raison la négation, ou le refus, d'un état de fait qu'il cherche à dépasser. En un sens, on peut le voir à son tour en dissociation ; ne vie-t-il pas en isolation, en ascèse justement?
De plus, loin du mystique qui sacrifie sa vie pour une esthétique ontologique, le mouvement d'association ou d'unification peut être simplement vu comme toute tendance à l'uniformité au sein d'une société, auquel cas le « tout » n'est plus tant « la totalité de la réalité » mais « l'ensemble de la réalité sociale » de l'individu. N'est-ce pas d'ailleurs ce qu'impose la pression sociale? Ce mouvement ne serait alors qu'une suppression de la volonté d'individuation, qui se réalise justement par dissociation... Mais alors que le mystique se pose comme idéal éthique d'abnégation de l'individu dans le « tout cosmique », la volonté d'association commune, celle induite par la pression même de la société, se pose comme une éthique minimale, une éthique de conformité qui n'est aucunement synonyme de lucidité.
Quoi qu'il en soit, cette volonté d'association, qu'elle soit seulement socialisante ou mystique, bien qu'elle nous présente une autre possibilité du vivant, une possibilité déjà plus éthique, demeure toutefois un mouvement d'opposition : il nous apparaît encore en réaction. Son élan d'association ou d'unification se fait en dissociation de son ego ; malgré tout, il demeure un élan (pulsion, volonté) qu'on peut critiquer comme étant un simple détournement de l'élan vital, la dissociation...
Pourra-t-on finalement échapper à la dissociation? Ce sera notre défi.
vendredi 9 mars 2012
Essai d'éthique - Partie III : Le nihilisme de la vie
Si la vie, comme toute ce qui est, participe d'un mouvement de dissociation, la dissociation n'a pas besoin d'être valorisée puisqu'elle s'impose elle-même comme valeur de facto. Une part de lucidité impliquerait alors de reconnaître cette valeur essentielle (qui est liée à l'essence de l'être). Tous les principes de la réalité sont des valeurs qui s'imposent bien naturellement... Mais ce n'est pas une raison de ne pas être critique face à ce mouvement bien naturel.
Puisque la vie est une dissociation, il est donc naturel pour tout vivant de valoriser ce par quoi il se définit : la vie. La valeur fondamentale et universelle de tout vivant est la vie. Il la chérit, la protège, la manifeste et la propage. Aussi, il regarde avec suspicion tout ce qui manifeste ou valorise une indifférence à la vie et (à juste raison) voit en horreur tout ce qui voue une haine de la vie (un niveau de dissociation de plus).
Pourtant, la réalité en elle-même est indifférente à la vie.
Par leur valorisation d'eux-mêmes, les vivants se placent au-dessus du reste des étants (êtres). Ces autres, qui ne participent pas de la vie, n'ont en soi aucune valeur : il revient aux vivants de les utiliser pour l'expression d'eux-mêmes (prenant ainsi une valeur marchande, utile). La vie s'impose comme maîtresse de la réalité et les humains ne sont que le comble de cette valorisation égocentrique et nihiliste.
Se valorisant elle-même, la vie nie la valeur du non-vivant. Nous nous imposons comme « maîtres et possesseurs de la nature » au nom de notre volonté de vivre. Nietzsche a bien raison de nommer celle-ci « volonté de puissance » ou « volonté de domination ». On ne saurait mieux dire. Cependant, elle impose sa valeur par dissociation, par discrimination.
Nous répondrons donc à Nietzsche et à tous les vitalistes, ceux qui partent de la vie, en tout et pour tout, et retournent à la vie. Notre but est de dépasser la valeur de la vie, sans la nier. Notre éthique doit dépasser cette réduction naturaliste (ou vitaliste) du simple vivant, auquel cas elle n'est plus morale. Notre idéal, en tant qu'être conscient et lucide, ne peut ignorer les implications sur l'être que le vivant impose inconsciemment. Si la vie s'impose comme valeur de facto, reconnaître la place de la vie dans la réalité nous place dans l'indifférence ou le détachement du fait pour considérer le principe qui la suppose, cette volonté (pulsion) de dissociation, et voir s'il y a possibilité d'un principe qui lui est supérieur. L'éthique ne vise pas la justification d'un état de fait, mais le dépassement de cet état par sa critique et la recherche d'un idéal. Si la pensée peut le réaliser, c'est qu'elle a un fondement réel peut-être plus profond que l'apparence factuelle.
Puisque la vie est une dissociation, il est donc naturel pour tout vivant de valoriser ce par quoi il se définit : la vie. La valeur fondamentale et universelle de tout vivant est la vie. Il la chérit, la protège, la manifeste et la propage. Aussi, il regarde avec suspicion tout ce qui manifeste ou valorise une indifférence à la vie et (à juste raison) voit en horreur tout ce qui voue une haine de la vie (un niveau de dissociation de plus).
Pourtant, la réalité en elle-même est indifférente à la vie.
Par leur valorisation d'eux-mêmes, les vivants se placent au-dessus du reste des étants (êtres). Ces autres, qui ne participent pas de la vie, n'ont en soi aucune valeur : il revient aux vivants de les utiliser pour l'expression d'eux-mêmes (prenant ainsi une valeur marchande, utile). La vie s'impose comme maîtresse de la réalité et les humains ne sont que le comble de cette valorisation égocentrique et nihiliste.
Se valorisant elle-même, la vie nie la valeur du non-vivant. Nous nous imposons comme « maîtres et possesseurs de la nature » au nom de notre volonté de vivre. Nietzsche a bien raison de nommer celle-ci « volonté de puissance » ou « volonté de domination ». On ne saurait mieux dire. Cependant, elle impose sa valeur par dissociation, par discrimination.
Nous répondrons donc à Nietzsche et à tous les vitalistes, ceux qui partent de la vie, en tout et pour tout, et retournent à la vie. Notre but est de dépasser la valeur de la vie, sans la nier. Notre éthique doit dépasser cette réduction naturaliste (ou vitaliste) du simple vivant, auquel cas elle n'est plus morale. Notre idéal, en tant qu'être conscient et lucide, ne peut ignorer les implications sur l'être que le vivant impose inconsciemment. Si la vie s'impose comme valeur de facto, reconnaître la place de la vie dans la réalité nous place dans l'indifférence ou le détachement du fait pour considérer le principe qui la suppose, cette volonté (pulsion) de dissociation, et voir s'il y a possibilité d'un principe qui lui est supérieur. L'éthique ne vise pas la justification d'un état de fait, mais le dépassement de cet état par sa critique et la recherche d'un idéal. Si la pensée peut le réaliser, c'est qu'elle a un fondement réel peut-être plus profond que l'apparence factuelle.
Essai d'éthique - Partie II : Mouvement de dissociation
Le principal problème que pose le monisme matérialiste pour la pensée est celle de la génération, donc de la création et de la naissance. Commençons donc par définir ce que serait ce mouvement de génération par un commentaire classique (école aristotélicienne) de la pensée d'Anaximandre. Notons que l'école d'Aristote critique et s'oppose à cette conception de la réalité, chose que je ne développerai pas pour l'instant.
Commentaire de Simplicius : « [Pour Anaximandre,] la génération ne se fait pas par altération élémentaire mais par dissociation des contraires sous l'effet du mouvement éternel » (Commentaire sur la Physique d'Aristote, 24, 13). On parle ici de « séparation ou de discrimination déterminante ».
Une vulgarisation s'impose. Simplicius remarque que le processus de création, donc de génération, au sein du monisme matérialiste n'est pas un transformisme élémentaire, comme le soutenait le maître d'Anaximandre, Thalès (pour qui tout vient de l'eau élémentaire). Pour Anaximandre, la réalité perceptible émerge d'un état indéterminé ; cette séparation (ou discrimination) est déterminante, dans le sens qu'elle détermine une réalité hors d'un tout indéterminé. Cependant, cet état déterminé n'est que temporaire, car il finit par retourner à son état originel, indéterminé. Il dégage ainsi la principale loi de la nature : celle de la corruption ou du retour à l'état originel, qu'on peut aussi appeler état neutre, harmonieux, voire la paix.
Tous cela est bien métaphysique et abstrait. Cependant, cela devient plus intuitif lorsqu'on réfléchit sur le phénomène particulier qu'est la vie. La vie ne porte-t-elle pas en elle son processus de génération et de corruption? (Oui, pour Anaximandre, on pourrait dire que toute la réalité est vivante, en quelque sorte.)
Il est intéressant de remarquer que l'essence de la vie (comme de tout ce qui vient à l'existence selon Anaximandre) se trouve dans un mouvement de dissociation, donc d'opposition. Elle naît en se plaçant en contraire d'une réalité qui lui est étrangère : non vivante. L'organique émerge de l'inorganique ; l'inorganique lui est premier, est sa source, son substrat. La plupart des physiciens, chimistes et biochimistes s'entendront sur cela.
Même si le mouvement de dissociation n'est pas conscient, il intervient en quelque sorte comme une « loi » nécessaire au sein de la réalité (Heidegger présente un beau commentaire à la fin de son oeuvre Chemins qui mènent nulle part - La parole d'Anaximandre). Cependant, que penser du principe de dissociation s'il est le fondement de ce qui est? Quelle éthique en déduire? Faut-il valoriser ou se dissocier de la dissociation?
[Note à moi-même : revoir l'explication et la finale du texte; approfondir l'exemple de la vie au lieu de partir sur d'autres considérations car c'est plus nébuleux que nécessaire.]
Commentaire de Simplicius : « [Pour Anaximandre,] la génération ne se fait pas par altération élémentaire mais par dissociation des contraires sous l'effet du mouvement éternel » (Commentaire sur la Physique d'Aristote, 24, 13). On parle ici de « séparation ou de discrimination déterminante ».
Une vulgarisation s'impose. Simplicius remarque que le processus de création, donc de génération, au sein du monisme matérialiste n'est pas un transformisme élémentaire, comme le soutenait le maître d'Anaximandre, Thalès (pour qui tout vient de l'eau élémentaire). Pour Anaximandre, la réalité perceptible émerge d'un état indéterminé ; cette séparation (ou discrimination) est déterminante, dans le sens qu'elle détermine une réalité hors d'un tout indéterminé. Cependant, cet état déterminé n'est que temporaire, car il finit par retourner à son état originel, indéterminé. Il dégage ainsi la principale loi de la nature : celle de la corruption ou du retour à l'état originel, qu'on peut aussi appeler état neutre, harmonieux, voire la paix.
Tous cela est bien métaphysique et abstrait. Cependant, cela devient plus intuitif lorsqu'on réfléchit sur le phénomène particulier qu'est la vie. La vie ne porte-t-elle pas en elle son processus de génération et de corruption? (Oui, pour Anaximandre, on pourrait dire que toute la réalité est vivante, en quelque sorte.)
Il est intéressant de remarquer que l'essence de la vie (comme de tout ce qui vient à l'existence selon Anaximandre) se trouve dans un mouvement de dissociation, donc d'opposition. Elle naît en se plaçant en contraire d'une réalité qui lui est étrangère : non vivante. L'organique émerge de l'inorganique ; l'inorganique lui est premier, est sa source, son substrat. La plupart des physiciens, chimistes et biochimistes s'entendront sur cela.
Même si le mouvement de dissociation n'est pas conscient, il intervient en quelque sorte comme une « loi » nécessaire au sein de la réalité (Heidegger présente un beau commentaire à la fin de son oeuvre Chemins qui mènent nulle part - La parole d'Anaximandre). Cependant, que penser du principe de dissociation s'il est le fondement de ce qui est? Quelle éthique en déduire? Faut-il valoriser ou se dissocier de la dissociation?
[Note à moi-même : revoir l'explication et la finale du texte; approfondir l'exemple de la vie au lieu de partir sur d'autres considérations car c'est plus nébuleux que nécessaire.]
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